mardi, février 22, 2005

LE MONDE : L'OL et la municipalité lyonnaise ont uni leurs destins, pour le meilleur

L'OL et la municipalité lyonnaise ont uni leurs destins, pour le meilleur
LE MONDE | 22.02.05 | 14h16
Le club sacré trois fois champion de France (2002, 2003, 2004) retrouve la Ligue des champions, mercredi 23 février, avec un déplacement à Brême, pour son 8e de finale aller.

Lyon de notre correspondante

C'est déjà une victoire en soi. L'Olympique lyonnais a fini par gagner le c?ur des Lyonnais, en même temps que l'estime des Français. Pendant près de vingt ans, lorsque le club stagnait dans le "ventre mou" du classement du championnat de France de football, la ville tenait cette discipline à distance. L'OL était alors le mal-aimé des clubs français.

Le succès revenant, le stade de Gerland s'est rempli. Le tout-Lyon garnit les loges. Certes, les relations ne sont pas aussi passionnées qu'entre Marseille et l'OM, ni aussi tumultueuses qu'entre Paris et le PSG, mais les Lyonnais - et les Rhônalpins - ont commencé à s'approprier le succès de l'OL, devenu un sujet de fierté. Ils rêvent d'un beau parcours dans la Ligue des champions, une compétition qui reprend, mercredi 23 février, pour les joueurs de Paul Le Guen, qui affrontent les Allemands du Werder Brême en 8es de finale.

"Il existe une véritable adhésion de Lyon autour de son équipe. Tous les interlocuteurs que je reçois à la mairie me parlent de l'OL, commentent les matchs", affirme Gérard Collomb. Le maire (PS) de Lyon est l'un des premiers à avoir perçu tout l'intérêt que sa ville pouvait tirer de cette notoriété grandissante. "Quand j'ai été élu, en mars 2001, raconte-t-il, j'ai commandé une étude sur six journaux étrangers pour savoir comment la presse étrangère traitait de Lyon. On s'est aperçu que 60 % des articles sur Lyon étaient relatifs à l'OL." La municipalité a alors décidé d'accompagner l'équipe dans ses grands rendez-vous européens, pour organiser des opérations de séduction dans des villes comme Barcelone, Amsterdam ou Munich.

"L'Olympique lyonnais constitue un vecteur de rayonnement irremplaçable", estime M. Collomb. La ville s'est appuyée sur le succès de l'OL pour médiatiser ses mutations, sensibles depuis la fin des années 1990. Fini les clichés sur la ville bourgeoise, secrète, repliée sur elle, Lyon s'affiche désormais comme une cité ouverte, jeune, dynamique, rénovée, à l'image de son club.

Inversement, le président de l'OL, Jean-Michel Aulas, véritable artisan de la reconquête, a bien compris, lui aussi, l'intérêt qu'il pouvait tirer du succès des triples champions de France. En septembre 2004, à l'occasion de la venue à Lyon de Manchester United, son grand modèle, le patron de la Cegid, une société de services informatiques, a fait part publiquement de son désir de se doter, d'ici à 2007, d'un nouveau stade, d'une capacité de 80 000 spectateurs, au lieu des 41 842 actuels."Soyez champions d'Europe, on verra après", avait répondu le maire de Lyon. Hostile à la construction d'un nouvel ouvrage, M. Collomb est prêt à étudier la question de l'agrandissement de Gerland, dont la municipalité est propriétaire. "Je pense qu'on peut accroître les capacités de 15 000 places", estime-t-il.

Dessiné par Tony Garnier en 1920, ce stade, inscrit à l'inventaire des monuments historiques, avait déjà été remanié en 1998 à l'occasion de la Coupe du monde, mais, pour l'OL, ses infrastructures vieillottes ne sont pas à la hauteur. Faute de place, le club est obligé de recourir à des structures mobiles comme des tentes, notamment pour l'accueil de la presse lors des grandes confrontations. Et, surtout, il manque aux yeux de l'équipe dirigeante un espace pour une zone commerçante, qui pourrait doper les recettes.

"AULAS EST L'HOMME FORT"

Pour accélérer son projet d'agrandissement, M. Aulas a commandé à l'architecte Albert Constantin une étude de faisabilité et répertorié ses besoins dans un "livre blanc". Sécurisation, informatisation, gestion des flux, nouveaux espaces, centre de presse, la liste ne se limite pas à une augmentation des capacités d'accueil. Et c'est la mairie qui devrait payer les travaux.

"Aulas est le véritable homme fort de cette ville. Il peut demander ce qu'il veut", commente une chef d'entreprise lyonnaise. Incontournable, le patron de la Cegid est en effet présent partout dans Lyon, à travers les sept filiales de l'OL (marchandisage, restaurant, boutique...) et les licences du club (salon de coiffure et centre de beauté pour hommes, cafés, taxis...). Cette galaxie a rapporté, en 2004, 20 millions d'euros, près d'un cinquième du chiffre d'affaires du groupe OL (100 millions d'euros), qui emploie 160 salariés. Une télévision dédiée à l'OL, diffusée sur le satellite est annoncée pour l'automne 2005.

L'attention portée par la municipalité au club de football suscite quelques remous au sein des Verts, alliés de l'exécutif, qui estiment que les contribuables n'ont pas à subventionner un club aussi riche. Mais le débat reste feutré. Jamais Lyon et l'OL n'ont partagé autant leur rêve de sacre européen.

Sophie Landrin
? ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 23.02.05