LE MONDE | 24.01.05 | 14h55
Grâce à deux buts de leur attaquant, les Nordistes reviennent à trois points du leader.
Villeneuve-d'Ascq (Nord) de notre envoyé spécial
En prévision du dernier match de la 22e journée de Ligue 1 opposant, dimanche 23 janvier, Lyon à son dauphin lillois, les statisticiens du ballon rond avaient consulté leurs tablettes. Une victoire lyonnaise, et les hommes de Paul Le Guen portaient leur avance à neuf points, pliaient le championnat et s'inscrivaient dans le sillage de l'Olympique de Marseille et de l'AS Saint-Etienne, seuls clubs parvenus à remporter le titre de champion de France quatre saisons consécutives.
Un match nul, et l'Olympique lyonnais n'était plus qu'à dix matches du record d'invincibilité du FC Nantes. Une cage préservée, et les Gones bouclaient leur quinzième rencontre de championnat sans encaisser le moindre but.
Mais Lyon s'est incliné à Lille (1-2). Un "détail" qui change tout. L'OL ne totalise plus que trois points d'avance sur son tombeur et six sur l'AS Monaco, vainqueur, samedi, de Lens (2-0). Le championnat, qui semblait promis une nouvelle fois au club de Jean-Michel Aulas, est relancé.
Présage de mauvais augure pour les Lyonnais, le vent, violent, venait du nord, dimanche soir, dans l'enceinte glaciale du Stadium Nord de Villeneuve-d'Ascq. Une trajectoire déviée par une bourrasque, la meilleure défense du championnat de France - huit buts encaissés en vingt et une journées - bousculée physiquement, et Grégory Coupet, le portier lyonnais, était bon - après à peine deux minutes de jeu - pour aller chercher son premier ballon au fond des filets. Les Lillois, qui, lors de leur précédente rencontre à domicile (perdue 1-3 contre Marseille), avaient connu une entame de match catastrophique, avaient manifestement, cette fois, décidé d'oublier les caméras de Canal+.
Matt Moussilou Massamba, 22 ans, nouvel attaquant vedette des Dogues lillois, marquait donc d'entrée un premier but. Le second, inscrit d'une frappe sans contrôle glissée entre les jambes du défenseur lyonnais Cris, viendra à un peu plus de vingt minutes de la fin du temps réglementaire.
Entre les deux, Tony Sylva avait multiplié les prouesses. A bout portant sur corner, au ras du poteau sur coup franc, en lucarne sur frappe lointaine, le gardien lillois enchaînait les parades pour ne s'incliner que sur un penalty litigieux transformé par Juninho (76e). Le Franco-Sénégalais, ovationné par le public et complimenté par son entraîneur, Claude Puel, a largement contribué à préserver la victoire de son équipe. La maladresse des attaquants adverses, Sydney Govou, Florent Malouda et Pierre-Alain Frau, a fait le reste.
"On a raté notre match au niveau de l'efficacité tant sur le plan offensif que défensif, constatait Paul Le Guen, l'entraîneur lyonnais. Ça fait mal mais il faut l'accepter. J'aurais bien aimé conserver l'étiquette d'équipe invaincue plus longtemps. Maintenant, il nous faut récupérer physiquement et psychologiquement pour rebondir dès le match de Rennes -mercredi à 18 heures- puis à Bastia -samedi à 17 h 30-. C'est une semaine assez particulière, avec trois rencontres à des horaires différents."
"PAS UNE SCIENCE EXACTE"
Un calendrier qui ne plaît guère au président de l'Olympique lyonnais. "C'est scandaleux que la Ligue nous fasse jouer trois matches décalés en une semaine, se plaignait Jean-Michel Aulas, en précisant que son club avait déjà dû se plier à pareil régime la saison passée. Je ne dis pas ça parce qu'on a perdu. Le foot n'est pas une science exacte. Ce soir, Lyon aurait gagné aux points. Même si Lille a bien défendu, Lyon était plus offensif. Il n'y a rien de grave. L'an dernier, nous n'avions pas perdu le championnat même lorsque nous avions dix points de retard. On saura gérer notre avance, confortable, comme on avait su gérer notre retard."
Paul Le Guen semblait plus mesuré que son président. "Le championnat n'avait pas à être relancé, a commenté l'entraîneur, nous sommes à la bagarre avec plusieurs équipes comme Monaco, Marseille, Auxerre et Lille."
Même si son équipe a réussi à faire chuter le champion de France pour la deuxième fois de la saison - après sa victoire en Coupe de la Ligue (3-2), en novembre 2004 - et pointe désormais à une victoire de Lyon, Claude Puel se refuse toujours à endosser la casaque de prétendant au titre. "Ces trois points pris contre Lyon sont importants mais on ne sait pas comment on pourra gérer le prochain match après de tels efforts, avertissait l'entraîneur lillois au sortir des vestiaires. Chaque rencontre est tellement importante et difficile pour nous qu'au coup de sifflet final, je pensais déjà au prochain match contre Nice et à nos blessés." Et l'ancien Monégasque d'accorder tout de même un satisfecit à son groupe : "Lyon a beaucoup d'arguments. Rivaliser avec une telle équipe montre qu'on a des qualités."
En 2001, feront remarquer les historiens du ballon rond à leurs collègues statisticiens, ce sont les Lyonnais qui avaient mis un terme, à Gerland, à l'invincibilité des Nordistes, lors de la 13e journée du championnat. Quelques mois plus tard, l'Olympique lyonnais décrochait son premier titre de champion de France et le Lille de Vahid Halilhodzic terminait sur la troisième marche du podium.
Stéphane Mandard